Les paysages de Charlevoix immortalisés

Au cours de votre plus récente visite dans Charlevoix, avez-vous ressenti l’envie irrésistible de capturer tous les points de vue qui se présentaient? Sans doute avez-vous alors attrapé votre téléphone ou votre appareil-photo et appuyé de nombreuses fois sur le déclencheur. Vous n’êtes certainement pas les premiers ni les derniers à vouloir immortaliser toute cette beauté!

Les pics rocheux surplombant le Saint-Laurent, les champs côtoyant les granges ainsi que la nature envoutante de l’arrière-pays inspirent des peintres depuis plus de deux siècles. Quel est le point de départ de cette riche tradition artistique? Comment se traduit-elle encore de nos jours? Les prochaines lignes retracent cette histoire.

Des militaires anglais au réputé Groupe des Sept

Les premiers peintres à fouler le territoire sans nécessairement porter un regard artistique étaient topographes. Ces militaires anglais, vers la fin du 18e siècle, font suite à quelques dessins réalisés auparavant par un botaniste suédois ou encore un abbé français.

Dès 1800, toutefois, La Malbaie est le théâtre des balbutiements de la villégiature au Canada. Parmi les riches visiteurs anglophones arrivés par bateau de croisières, on retrouve les premiers artistes à proprement parler. Impressionnés par la beauté sauvage des lieux, ils contribuent à faire connaître la région à travers l’Amérique du Nord via leurs œuvres.

© Instagram @qvperaltablog – Œuvre de Alexander Young Jackson

Au début du 20e siècle, certains membres du Groupe des Sept ont à leur tour découvert Charlevoix. Cet ensemble de sept peintres canadiens est reconnu comme ayant grandement influencé l’histoire de l’art au pays, principalement en célébrant les panoramas et le territoire nordique tout en s’inspirant de courants impressionnistes européens. Parmi eux, Alexander Y. Jackson, d’ailleurs né à Montréal, et Arthur Lismer sont ceux ayant fréquenté le plus la région. Ces derniers, fidèles à leur mouvement, représentent le paysage vierge de Charlevoix et conservent un éloignement du regard folklorique.

L’apparition de l’art populaire

À force de côtoyer les villégiateurs, mais aussi parce qu’il est déjà bien présent dans certains foyers, l’artisanat et l’art des habitants autodidactes se développent. Patrick Morgan, un professeur d’art et artiste américain, découvre ce talent et regroupe les peintres populaires de Charlevoix pour les faire connaître sur la scène nationale et internationale. Parmi ceux-ci, on retrouve entre autres Yvonne et Blanche Bolduc, lesquelles ont vu d’importants artistes représenter leurs maisons en grandissant. On note aussi des noms comme ceux de Simone-Mary Bouchard, Robert Cauchon et Georges-Édouard Tremblay. Cet art dit naïf constitue le point de départ d’un courant folklorique dans Charlevoix. Malheureusement, ce mouvement tend à s’essouffler après 1960.

© Instagram @museecharlevoixorg – Œuvre de Simone-Mary Bouchard

Les grands peintres québécois

À peu près à la même période, soit au début du 20e siècle, des artistes québécois découvrent également les paysages de Charlevoix. Le pionnier et le plus marquant est certainement Clarence Gagnon, membre de l’Académie royale des arts du Canada et de la Société royale du Canada. C’est d’ailleurs lui qui incite René Richard (un autre parmi les « grands » et ayant été membre de l’Académie) à se rendre à Baie-Saint-Paul. Par la suite, on verra défiler d’imposants noms comme Jean-Paul Lemieux, Marc-Aurèle Fortin, Bruno Côté et Claude Le Sauteur. Chacun développe une fascination pour un lieu ou un élément différent du territoire.

© Instagram @artfortheagesj – Œuvre de Clarence Gagnon

Le Symposium de la jeune peinture et la relève

En 1982, Charlevoix et, dans ce cas-ci, Baie-Saint-Paul conservent leur pourvoir d’attraction pour les artistes de partout. Le premier Symposium de la jeune peinture au Canada voit le jour grâce à la vision de sa fondatrice, Françoise Labbé. Des artistes encore aujourd’hui bien connus dans Charlevoix participent à cette première édition: Guy Paquet, Louis Tremblay, Vladimir Horik et même Bruno Côté. Désormais appelé le Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, le festival continue de faire découvrir la région à des artistes du Québec et d’ailleurs. Et l’avenir est prometteur pour les peintres locaux aussi. En 2011, l’évènement accueillait l’insulaire Jimmy Perron, lequel fait partie d’une relève à surveiller de près.

© Instagram @inuitfinearts – Œuvre de Jimmy Perron

Maintenant que vous connaissez un peu plus l’histoire fascinante derrière les générations d’artistes ayant foulé Charlevoix, explorez par vous-même. Rendez-vous dans les nombreuses galeries d’art qui parsèment le territoire ou dans une des deux institutions muséales qui vous enrichiront sur le sujet. Qui sait? Peut-être reconnaitrez-vous quelques noms cités dans cet article ou encore des fabuleux paysages de la région?

Sources :

  • DUBÉ, Richard et François Tremblay, Peindre un pays, Charlevoix et ses peintres populaires, Collection Signatures, Broquet, La Prairie, 1989, 160 p.
  • GAUTHIER, Serge. « Paysages de Charlevoix : Le Regard des peintres ». Revue d’histoire de Charlevoix, Numéro 62, juin 2009, p. 2-5.
  • TREMBLAY, François, David MENDEL et Judy BROSS, Charlevoix, une tradition d’accueil, Éditions Sylvain Harvey, 2018, 127p.

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