Les draveurs, ces super-héros des temps passés

Des pitounes, des jams, un tourne-bille, un taureau, une jamdog, un pike et bien plus encore… voilà un vocabulaire qui ramène de bons vieux souvenirs de la riche histoire de la drave.

Mais à quoi rime la drave exactement? Bien ancrée dans la région de Charlevoix, la drave est un ensemble d’activités de manipulation des troncs d’arbre coupés en « billots » visant à les amener à l’eau, dans le but de transporter le bois par flottage. Ceux qui autrefois exerçaient ce métier périlleux étaient nommés « les draveurs ».

Au début du 20e siècle jusqu’en 1987, le métier de draveur était destiné aux hommes, pas seulement qu’aux hommes, mais presque exclusivement aux hommes robustes, puissants, costaux… bref herculéens. Ceux-ci étaient appelés à quitter le nid familial dès l’automne pour ne revenir à la maison qu’au printemps. Ils partaient très loin en forêt, en groupe, et habitaient dans des camps forestiers, aux abords de la Rivière-Malbaie, pendant toute cette période. Tous les jours, les draveurs se rendaient sur la rivière afin de « conduire » les nombreuses pitounes pour qu’elles se rendent à leur destination finale, soit à l’usine de papier, anciennement La Donohue, située à Clermont. Le mot « drave » est un dérivé de la langue anglaise « driver », qui signifie conduire et ici, on parle bel et bien de conduire des billots de bois sur la rivière. Ces héros forestiers passaient donc de longues journées à risquer leur vie en marchant et sautant d’une pitoune à l’autre avec équilibre et agilité afin de faire avancer les amoncellements de bois sur la rivière à l’aide de leurs longues gaffes, le tout en évitant de tomber à l’eau.

© Collection Société d’histoire de Charlevoix

Lorsque le bois descendait la rivière et qu’un embâcle se formait, il fallait trouver un moyen rapide et efficace pour déloger les billots et ainsi pouvoir continuer d’alimenter l’usine; c’est à ce moment que les draveurs avaient recours au dynamitage. En 1958, la création du barrage des Érables, dans le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, fut un autre moyen efficace pour éviter autant que possible les « jams », celui-ci aura permis de hausser le niveau de l’eau et d’ainsi faciliter les activités de flottage de bois.

© Collection Société d’histoire de Charlevoix, Guy Godin, 1984

Finalement, au cours du 20e siècle, des moyens plus efficaces, écologiques et moins dangereux auront remplacé la drave. Autrefois, certaines espèces de poissons, comme le saumon, avaient déserté la Rivière-Malbaie. Suite à l’arrêt de la drave en 1987 et aux crues saisonnières, la rivière a retrouvé sa faune aquatique d’origine dont la présence du saumon ainsi que de l’omble de fontaine.

Dans Charlevoix, encore aujourd’hui, on se souviendra de cette importante époque de la drave notamment grâce à l’un des derniers draveurs de la région, Monsieur Robert Gaudreault, qui possède de nombreux artéfacts présentés au Musée de la Drave situé dans le village de Saint-Aimé-des-Lacs. Menaud, symbole puissant de la région, est aussi le nom donné à la toute jeune distillerie et microbrasserie artisanale de Clermont. Également, vous avez certainement déjà entendu quelques bribes de la célèbre histoire de Menaud, maître-draveur tirée du roman de l’écrivain Monseigneur Félix-Antoine Savard. D’ailleurs le nom du très prisé sentier de randonnée pédestre, l’Acropole des Draveurs, provient d’une expression poétique de ce dernier.

© Tourisme Charlevoix, Jonathan Bouchard

Lors de votre prochaine ascension dans le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie et en guise d’hommage, ayez une petite pensée pour ces valeureux draveurs, qui ont marqué une page importante de l’histoire charlevoisienne!

Source: Le lexique de la drave, Desoctets, 2017

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