La tempête et moi

medaillon-veronique-tanguay-2Texte et photo par Véronique Tanguay

La neige a commencé à tomber doucement hier après-midi, il a neigé intensivement pendant la nuit et il neige encore. C’est toute une tempête : certains parlent de 35, d’autres de 50 centimètres de neige au sol. Je sens la frénésie qui est à son comble à la ligne de départ du Massif de Charlevoix. Les patrouilleurs ont du mal à contenir les adeptes de premières traces. Neuf heures sonnent, la barrière est levée, c’est un départ! J’entends des cris d’enthousiasme mais je ne vois pratiquement rien dans cette poudrerie qui vole derrière les skieurs et planchistes. Néanmoins, chaque virage se fait en douceur sur la surface moelleuse et je dévale la pente dans un état d’euphorie.

Dans la remontée du Camp-Boule Express, je visualise ma prochaine descente. C’est l’heure de ma piste, celle dont le parfait dénivelé doit porter ma trace sur toute sa longueur. Je fais les premiers virages en ne pensant à rien, grisée. Le haut taux d’adrénaline fait augmenter mon rythme cardiaque d’une manière tellement intense que je dois m’arrêter quelques instants pour reprendre mon souffle… « Ouf! » Je regarde derrière moi et j’observe le dessin de virages presque parfaits. L’esprit éveillé et les sens en alerte, je poursuis ma descente et pars à la conquête du secteur Maillard. Je ne peux qu’imaginer le majestueux Saint-Laurent qui est là, au pied de la montagne, car le vent qui souffle rend la visibilité presque nulle. La foule est peu nombreuse en ce matin magique; seul le manteau blanc foulé par ma planche témoigne de mon passage.

Je m’apprête maintenant à me rendre dans le secteur hors-piste du mont Liguori, où les plus hardis ont déjà tenté leur chance. Après vingt minutes de marche pour gagner mon paradis, je me retrouve face à une mer de neige qui s’impose comme un défi de taille. L’absence de vent dans les bois favorise l’accumulation d’une grande quantité de neige par rapport à ce qu’on retrouve sur la majorité des pistes. J’observe des skieurs qui peinent à faire une suite cohérente de virages et en tant que planchiste, j’apprends qu’il est très difficile de se relever d’une chute quand on n’arrive pas à atteindre la surface dure enfouie sous un demi-mètre de poudreuse. J’ai l’impression que je pourrais me perdre dans cet univers immaculé et je savoure chaque virage comme une petite victoire sur la nature qui me dépasse. C’est un sous-bois sans fin, une longue mais savoureuse descente. Ce sera la dernière pour aujourd’hui, mes jambes réclament du repos. Malgré la fatigue, j’ai déjà hâte à la prochaine tempête.

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